| | Bonjour Achille,
J'ai une question qui me trotte dans la tête:
qu'est-ce que tu trouves de cool à tuer des gens de façon industrielle
et sans le moindre remords? Ne sont-ils pas courants chez les gens que
l'on appelle les demi-dieux ou les héros (je ne me rappelle plus
exactement comment on les appelle)?
Rassure-moi parce que, sinon,
j'avoue que les héros ne méritent pas leurs titres, et qu'en ce moment
je leur donnerais plutôt celui de tueurs en série ou de tyrans sans
cœur.
P.-S. Je ne veux surtout pas être méchante ni vous choquer,
vous, les héros. Ne le prends surtout pas comme ça, ce n'est pas le
but.
Annika
Achille te salue, ô Annika!
Tu me fais penser à ma Déidamie. Vous êtes toutes
deux comme la lame d’une épée, douce et tranchante
à la fois.
Tu
ne me choques pas. Quiconque cherche la vérité et porte la vérité en
bouche mérite et obtient mon respect. Je suis bien disposé à t’exposer
ma réalité.
Le guerrier qui tue à la guerre et selon les règles
de la guerre n’est pas un meurtrier. Chacun y va en sachant qu’il peut y
perdre la vie et dans la perspective de dompter ses ennemis. Celui qui
ne veut ni défendre sa patrie, ni l’assister dans sa gloire, n’a qu’à
s’en aller vivre dans les montagnes, loin des hommes.
Il y a
des guerriers qui tuent sans honneur, je ne suis pas de ceux-là. Je fais
face à mes ennemis, je les affronte ouvertement, je n’attends pas que
leur attention soit détournée pour porter un coup fatal. C’est ainsi que
mon bien-aimé Patrocle est mort: le prince Hector, le grand héros que
tous portent en si haute estime, l’a transpercé de sa lance alors qu’il
lui faisait dos. Quel genre d’honneur y a-t-il à se comporter ainsi?
Avant
la mort de Patrocle, j’épargnais toujours ceux que je soumettais et qui
le demandaient et je les échangeais contre une rançon. Maintenant que
les Troyens ont lâchement assassiné mon ami, je n’épargne plus personne.
Ceux qui veulent conserver leur tête n’ont qu’à ne pas se présenter
devant moi!
Je crois sincèrement que la guerre est une activité
légitime. Tu peux débattre de cette idée, certes, mais tu ne peux pas
nier que ceux qui y prennent part doivent s’attendre à mourir ou être
tués et que si cette idée leur est insupportable, ils doivent
s’éloigner. Pourquoi profiteraient-ils des avantages qu’offre une cité
s’ils ne sont pas prêts à la protéger?
Moi-même, je m’habille
chaque matin en pensant que je ne serai pas là pour me déshabiller. Je
vais chaque jour au combat en acceptant d’y mourir. Que ceux qui sont en
face de moi y soient moins préparés ne m’émeut pas, il est vrai, mais
aucun d’eux ne pourra dire à ses juges que celui qui l’a envoyé chez
l’Hadès l’a fait de manière honteuse. Tous diront qu’ils ont perdu la
tête de la main d’un homme honorable. Sachant que je respecte les règles
divines de la guerre, je ne ressens pas de remords à ce sujet.
Pourtant, je ne suis pas exempt de remords. J’ai celui d’avoir abandonné
mon ami.
J’espère avoir répondu à tes questions, ô Annika.
Que les dieux te protègent!
Achille
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