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Ian
écrit à

Achille


Gloire et relation avec Patrocle


   

Ian
Au Lycée Rochambeau
9600 Forest RD
Bethesda MD 20814
U.S.A
                                               
Troie, 7 jours après les ides de mars

Ô grand et valeureux Achille, fils de la déesse Thétis et du glorieux guerrier Pélée,

J’ai quelques questions à vous poser et je serais reconnaissant que vous me répondiez. Vous êtes allé à Troie pour vous glorifier et pour qu’on se rappelle de votre nom au cour du temps et non pas pour lutter pour votre patrie, n’est-ce pas? Quand vous combattiez à côté de guerriers illustres comme Ajax le géant ou Ulysse le rusé, ne cherchiez-vous pas à les surpassez plus qu’à combattre dans le même camp? Vouliez-vous plus de triomphe qu’eux, ou étiez-vous juste honoré de lutter avec des hommes admirables comme eux?

De plus, je sais que vous aviez une excellente relation avec votre cousin Patrocle. Mais aviez-vous des relations intimes avec lui? Ou est-ce que vous étiez juste très bons amis? Achille, je serais heureux que vous puissiez répondre à cette lettre et je vous souhaite une bonne fin de journée.

Amicalement,

Ian


Salut à toi, Ian!
 
Enfant, j’adorais les récits de héros accomplissant des exploits valeureux. Je voulais devenir un grand conquérant et prendre de riches cités exotiques. Je rêvais de l’Asie et Troie est la plus riche cité du continent oriental. J’avais quatorze ans lorsque le roi Ulysse m’a demandé de concourir à l'expédition en Troade et mes rêves d’enfant animaient encore mon cœur. Il m’a révélé que mon père me confiait cinquante vaisseaux et deux mille cinq cents guerriers. Je ne pouvais pas refuser de participer à la plus grande aventure de ma génération. La gloire m’importe peu. Oh, ne va pas croire que je sois indifférent à ma renommée, il est plaisant d’entendre les aèdes chanter mes prouesses, mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est l’ivresse de l’action. Il ne s’agit pas de patriotisme non plus. Ma patrie, c’est Phthia, en Thessalie. Je ne ressens pas de désir particulier de venger l’honneur de Ménélas et du royaume de Sparte.
 
J’ai quitté ma cité à neuf ans et je n’ai jamais revu mon père. La dernière chose qu’il m’ait dite est: «Mon fils, sois le meilleur. Maintiens-toi supérieur aux autres.» Donc, oui, je cherche constamment à surpasser mes alliés, tout autant que mes ennemis. Sans toutefois leur nuire, entendons-nous, car je suis également honoré de combattre à leur côté. Comme tu le dis si bien, ce sont, pour la plupart, des hommes admirables.
 
Patrocle était, et sera toujours, l’amour, le grand amour de ma vie. Nous étions bien plus qu’intimes, il était une part de ma chair.
 
Que la fortune t’accompagne!
 
Achille


Troie, 9 jours après les ides de mars                                                                                                                                         

Ô grand et valeureux Achille,

Je vous écris de nouveau avec des questions originales auxquelles je cherche des réponses. D’ailleurs je vous remercie d’avoir répondu à mes premières questions. Vos réponses m’ont fait réfléchir à de nouvelles controverses. Je sais que vous ne vous considérez pas Grec mais comme un habitant de la belle ville de Phtia; mais Phtia est en Grèce, n’est-ce pas? Peut-être ne vous considérez-vous pas comme Grec à cause du roi de cette patrie, l’orgueilleux et prétentieux Agamemnon. 

Quelle est votre relation avec cet impertinent sac à vin?

Aussi, c’est Hélène de Troie qui a commencé cette guerre infernale et sanglante. Que pensez-vous de cette femme considérée comme la plus belle du monde? En parlant d’Hélène, quelle est votre opinion sur celui qui l’a emportée, son amant Pâris? Lui qui, contrairement à son frère, est un lâche et un vaurien!

J’espère avoir une réponse et je vous souhaite de la chance dans votre guerre contre les Troyens.

Amicalement,

Ian



Salut à toi, ô Ian de Rochambeau!

Les prêtres et prêtresses de Dialogus m’ont expliqué ce qu’est la Grèce, car je ne connaissais pas du tout ce mot, qui est d’ailleurs beaucoup plus qu’un mot: c’est un concept. L’idée de rassembler tous les royaumes et de former une nation doit commencer à germer en nos têtes. La guerre contre Troie nous rassemble pour la première fois en une coalition. Nous ne sommes pas encore la Grèce, mais nous en sommes peut-être la semence. À mon époque, nous sommes encore des royaumes isolés les uns des autres, des familles qui s’opposent et cherchent à s’emparer du pouvoir. Nos ressources sur cette terre sont si pauvres que la survie réclame d’être jaloux de son bien et envieux de posséder celui de l’autre.

Agamemnon est un roi puissant, plus puissant que moi, mais il n’est pas mon roi et je ne l’aime pas du tout. Je l’ai presque tué, il y a quelques mois, lorsqu’il m’avait enlevé ma compagne Briséis. C’est un homme exécrable, qui cherche constamment à démontrer sa supériorité en écrasant les autres. Personnellement, pour prouver ma supériorité, je choisis de briller, plutôt que d’assombrir la lumière d’autrui.

On dit que la fuite d’Alexandre et d’Hélène a déclenché la guerre, mais en réalité ce n’est qu’un prétexte. Ce n’est pas la première fois, ni la dernière probablement, qu’une guerre est justifiée par une raison morale. Troie est une puissante cité qui contrôle le passage des marchandises par le canal de l’Hellespont. Les Troyens sont également riches en minerai qu’ils extraient du sol (du plomb, de l’or, de l’argent, du zinc...), des bois précieux poussant sur l’Ida, des chevaux magnifiques dont ils perfectionnent l’élevage depuis des centaines d’années…  Fais-moi confiance, la guerre de Troie a lieu pour des raisons économiques, et non pas sentimentales.

Je n’ai jamais rencontré le prince Alexandre de Troie, celui qu’on surnomme Pâris. Je ne l’ai que très rarement vu sur le champ de bataille et toujours à une distance respectable, armé d’un arc et de flèches. Il n’a effectivement pas la vaillance qu’avait Hector, mais il serait faux de penser qu’Hector lui-même était un modèle de courage et de dignité. Hector a tué Patrocle, en le frappant au flanc, alors que Patrocle était de dos et désarmé. Une vraie victoire s’obtient en combattant un ennemi de face et armé, non pas en profitant d’une faille comme un rat qui se faufile dans la fente d’un mur. De plus, lorsque j’ai affronté Hector en duel, il a cherché à me fuir en courant comme un cerf auprès des murs de sa cité, cherchant une porte qui fût encore ouverte. Selon moi, comme Pâris, Hector portait en lui la graine de la couardise.

J’espère avoir satisfait ta curiosité. N’hésite pas à me questionner davantage si certains points te semblent encore obscurs.

Que les dieux te soient cléments!

Achille

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