Pierre
écrit à

Achille
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Salut à toi, Pierre! Zeus est devenu un dieu qui a énormément de valeur à mes yeux: combattre son père pour sauver la terre, il fallait en avoir le courage. Zeus, je pense, craint surtout d'enfanter un fils car, comme Ouranos qui fut assassiné et envoyé au ciel par son fils Chronos, il dut tuer à son tour son père et peut-être craint-il que ses fils décident de le tuer aussi? Pour moi, il inspire le surpassement de soi-même, la création, le bonheur. Je le prie même le soir en allant me coucher, mais penses-tu qu'avec tous ces dieux il puisse entendre mon appel? Où est-il maintenant que le Dieu unique a pris la place de gouvernant du monde? Je commence à percevoir la vie comme un miracle, la petite brise sur mon visage, le soleil éclairant mon cœur qui fut si sombre, voir ma chérie. Pour moi la vie devient miracle, chaque petite chose de la vie est un miracle, le petit papillon qui se pose sur ton épaule à la soirée entre amis. Malheureusement souvent les ténèbres m'encerclent et essayent de me refaire chavirer en leur faveur: elles essayent de me montrer que tout ce bonheur sera détruit, que je finirai seul, déprimé. Mais je sais que si j'ai le courage de les vaincre ma vie ne sera que bonheur. J'ai trouvé ma quête, Achille; comme toi ce fut Troie, moi c'est de détruire mes ténèbres ou de m'en faire une alliée, réussir à garder son côté noir comme une aide. Voilà peut-être le but de chaque homme. Je pense que si j'y arrive j'aurai été aussi plongé dans le fleuve Styx et mon invincibilité morale pourra démarrer. À bientôt, courageux guerrier. Ami, Ma quête ne fut jamais Troie. La sainte cité de Priam s'est tout simplement trouvée sur mon chemin. Quand Ulysse m'a découvert à Scyros, ce n'est pas la perspective de participer à la guerre de Troie qui m'a décidé à quitter ma femme et mon fils, c'est de savoir que Patrocle m'attendait sur ce navire posté au large. Les rêves de ma jeunesse, que je taisais depuis des années alors que je me faisais passer pour une jeune fille, sont devenus à ce moment-là impossibles à réprimer. Je voulais vivre cette vie que j'imaginais lorsque je n'étais qu'un enfant: une vie de guerrier auprès de mes amis, auprès de mon Patrocle. Cette vie-là était ma quête, non Troie. Les désirs qui se cachent au plus profond de ton cœur, voilà ce qui importe dans cette vie. Achille Salut Achille! Cela fait longtemps que nos routes ne se sont plus croisées! Comment vas-tu? Je voulais te demander si tu as entendu parler des déesses Thémis et Némésis? Amicalement. Pierre, salut! Ma santé est bonne, mais mon humeur ne s’est pas améliorée. Et toi, comment te portes-tu, cher ami? J’ai bien sûr entendu parler des deux immortelles que tu évoques. Où veux-tu en venir? Achille Ca va, ça va! Ben je veux en venir à la conclusion qu'elle symbolise l'équilibre de la vie et que je pense que chaque chose négative est aussi importante que chaque chose positive. Pourquoi ton humeur ne s'améliore-t-elle pas? Cordialement. Salut, ô Pierre! Mon humeur ne s'améliore pas car Patrocle est mort et mon cœur pleure toujours sa perte. Achille Ainsi va la vie, Patrocle est mort pour une cause qu'il croyait juste et je pense qu'en soi il a son immortalité. Tu es un homme bon, Achille, car tu as rendu le corps d'un homme qui a tué ton cousin. Sois sûr que, aussi sûr que je suis vivant, tant qu'il me restera un souffle d'air dans la bouche, je glorifierai ton nom et je glorifierai les dieux! Amicalement. Salutations Pierre! Tes insinuations m’échauffent. Selon toi, j’aurais rendu le corps d’Hector à Priam? Quelle folie! Jamais je ne rendrai Hector aux Troyens. Ce sont les chiens et les oiseaux qui se feront un festin de sa carcasse lorsque j’en aurai fini avec lui. Jamais sa famille ne pourra le pleurer décemment et jamais son âme ne trouvera le repos! Tu me glorifies et cela apaise quelque peu ma colère, mais sache que nul ne peut être l’ami d’Achille et s’émouvoir à la fois du sort d’Hector. Es-tu son ami ou le mien? Achille Je suis l'ami de la justice, ne t'énerve point ainsi, Achille. Tu es un guerrier de renommée et je t'admirerai toujours. Je suis satisfait de l'apprendre. Je ne m'énervais pas. Quand je m'énerverai, tu le sauras! Achille |