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Sylvie
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Celui dont l'armée est affligée |
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Salut à toi, Achille aux pieds agiles! Salut, ô Sylvie! Sylvie Salut à toi Achille aux pieds agiles, Je t'avais dis que je serais barbante. En tout cas, je te remercie: d'une part d'avoir pris le temps de me lire (je te rassure: en écrivant, pour ma part, je me suis trouvée rasante), et d'autre part de m'avoir répondu; je suis émue, cela ne va pas durer, mais quand même. Achille aux pieds agiles, je te salue. Salut à toi Achille aux pieds agiles, Je vais citer Matthieu et cela s’adresse à moi: «hypocrite, ôte premièrement la poutre qui est dans ton œil et alors tu verras à ôter la paille de l’œil de ton frère». Mea culpa, Achille: j’ai dit que tu avais un problème de cheville et en me relisant tu n’étais pas le seul. Je n’ai jamais voulu faire des insinuations déplaisantes et surtout pas en ce qui concerne Patrocle, car il a eu énormément de chance d’avoir été aimé et respecté. Lui as-tu dit toutes ces choses lorsqu’il était vivant? Savait-il à quel point tu l’aimais? Je viens à toi aujourd’hui, si tu le veux bien, comme une élève. Je ne sais plus avec qui et dans quelle correspondance tu abordes Héraclès et le prince Cycnus. Je suis heureuse d’apprendre les vrais détails de ce combat, car il m’était dit que tu l’avais tué en lui assénant un coup sur la tête et non en l’étouffant, le privant ainsi d’oxygène et ne pouvant lui percer le corps avec ton glaive. Peux-tu me dire aussi -car il y a plusieurs sources- si Héraclès a tué un Cycnus, car ce héros fut changé en oiseau, d’où son nom? Fait-il partie de la constellation du cygne? Selon d'autres sources, Cycnus était un barbare coupant des têtes pour se construire un palais. Peux-tu s’il te plaît m’aider? Je suis en train de perdre mon latin. Ai-je été assez claire? Est-il vrai qu’Héra aurait renommé Alcide Héraclès car, l’ayant beaucoup persécuté, elle s’imaginait que c’était grâce à elle qu’il aurait connu une telle renommée. Il est dit qu’Héraclès tua le monstre marin qui ne cessait de ravager la ville de Troie. Le roi Laomédon, sans parole, lâche et pringre, refusa de lui verser son dû suite à la mort du monstre. Héraclès finit ses douze travaux et à la fin de ceux-ci, monta une expédition afin de punir se scélérat. Après avoir pris Troie, il tua Laomédon et ses fils à l’exception de Priam. Si Héraclès avait tué Priam, ses fils Hector et Pâris n’auraient jamais vu le jour, et par conséquent, la guerre de Troie n’aurait pas eu lieu. Mais, sachant que Priam est décrit comme un être d’une grande bonté et d’une très grande justice, toi seul peux me dire si c’est vrai ou non, et si donc c’est pour cela qu’Héraclès lui a laissé la vie sauve, démontrant sa grandeur d’âme, et son grand respect pour la vie et les mortels, et non comme certains de ses détracteurs aiment à le caricaturer, comme le benêt du village ayant son cerveau au niveau de ses biceps, et tuant à tort et à travers. Il y a un certain parallèle entre toi et ton héros: ta mère était une déesse et son père était Zeus. Dommage que Pélée ait arrêté Thétis et qu’elle n’ait pas pu t’enduire ton corps d’ambroisie et le placer dans le feu afin d’y faire consumer ta part mortelle. As-tu demandé à ton père pourquoi il avait arrêté le processus qui devait faire de toi un demi-dieu tout comme Héraclès? Zut, zut, zut je voulais faire court et bien c’est raté! Comme punition, j’irai jouer un de ces soirs avec une des Gorgones, si je ne les endors pas avant! Achille aux pieds agiles, Sylvie te salue. Salutations, ô Sylvie! Je te rassure, Patrocle connaissait mon amour. Je n'ai fait que ça toute ma vie, lui dire et lui redire mon amour. Et il en faisait autant. Je n'ai qu'un regret concernant Patrocle, c'est de n'avoir pas été à son côté, comme j'aurais dû l'être, et de l'avoir laissé mourir seul, loin de moi. De Patrocle, j'ai savouré chaque parcelle de sa merveilleuse personne. J'ai effectivement étranglé Cycnus, car son corps était invulnérable. Un coup sur la tête n'aurait pas fait grand-chose puisque mon épée ne parvenait pas à déchirer sa chair. Mais un être vivant doit respirer et c'est ainsi que je me suis couvert de gloire lors des funérailles de Protésilas. Il existe plusieurs Cycnus. Le Cycnus d'Héraclès était fils d'Arès, le mien était fils de Poséidon. Donc, Cycnus fils d'Arès était un homme méprisable, cruel et sanguinaire et il voulait construire un temple à son père fait des ossements des passants qu'il tuerait. Son projet fut interrompu par Héraclès qui passait par là, et refusait d'en faire partie. Arès tenta de protéger son fils, mais en vain, Héraclès blessa le dieu et tua le fils mortel, mettant un terme à la construction de ce temple plutôt morbide, et selon moi, de fort mauvais goût. Tout le monde sait que ce sont les métaux rares qui font chic. Ce que tu as dit sur Priam, Troie et Héraclès est conforme à la légende, ces histoires avec lesquelles j'ai grandi. Certaines sont plus acceptables, on les raconte aux enfants, on s'en pourlèche de dignité dans les banquets officiels. Les autres, les récits plus grivois, on les savoure avec le vin et les amis, ce sont les compagnons parfaits d'une nuit de débauche. Tu comprends? Héraclès nous transporte, nous pousse à nous surpasser, nous excite, nous remplit de frayeur, nous fait rire, nous délasse du quotidien et bien plus encore. Mes origines sont moins reluisantes que celle d'Héraclès, mais mon grand-père Éaque était tout de même fils de Zeus et, de tous les mortels, son favori. Et maintenant, il est juge aux Enfers. La guerre de Troie qui n'aurait pas eu lieu? Mais la guerre de Troie a eu lieu et ce, à de multiples reprises. Les hommes qui la gouvernent importent peu en fin de compte, ce sont leur or qui attire les envahisseurs. Mon père n'a pas voulu risquer ma vie. Il préférait un fils mortel et vivant, qu'un fils mort qui aurait pu être immortel si tout s'était bien passé. Il a réagi en père; j'étais son fils unique, son joyau. Et puis, je n'ai jamais eu besoin d'ambroisie pour me sentir demi-dieu, Patrocle faisait très bien cela d'un seul regard. Tu ne me déplais pas Sylvie; écris-moi à nouveau et je te répondrai. Tes connaissances à mon sujet me flattent et parler de ma vie passée me fait oublier les horreurs de ma vie présente. Que les dieux t'accompagnent! Achille Bonjour, Achille, Tout d'abord je te remercie d'avoir répondu aussi promptement à ma dernière missive et je suis heureuse pour vous deux que vous ayez connu un tel amour. En ce qui concerne Héraclès, il représente pour moi l'homme dans toute sa splendeur, par sa bonté, sa loyauté, sa bravoure. Je ne suis pas une guerrière, mais je peux comprendre qu'il puisse nous pousser à nous surpasser, et il ne m'effraie pas. Le commun des mortels ne voit en toi qu'un guerrier, mais Chiron, ton mentor, ne t'a pas seulement instruit dans la connaissance de la guerre et des armes, tu as aussi appris la médecine: t'a-t-il appris à guérir avec les plantes? Il t'a aussi appris à monter à cheval, car seul le cavalier émérite peut être vainqueur! N'ayant aucune connaissance de la guerre, je suppose qu'il s'agit d'un mal nécessaire. Seul les lâches et les utopiques pensent que l'on peut vivre dans un monde de paix. C'est bien cela qui poussa Agamemnon à attaquer Troie. Chiron t'a aussi appris la poésie, et à chanter. T'arrive-t-il de chanter? Joues-tu avec Patrocle, et composez-vous des poèmes que vous chantez? Dansez-vous? Mes questions sont assez naïves et je m'en excuse, mais c'est une partie de toi que j'aimerais aussi connaître, tu es comme ton héros. Tu es comme le cristal ou le diamant que l'on met devant la lumière, nous dévoilant ainsi tes multitples facettes. Peux-tu me parler et surtout m'expliquer ta «mênis», décrite par certains comme une passion divine, je suppose qu'ils voulaient parler de ta colère? Seul Patrocle, dit-on, savait te calmer; qui le fait, à présent qu'il n'est plus là? J'ai été flattée lorsque tu as écris que je ne t'étais pas déplaisante: toi aussi, Achille, tu ne me déplais pas du tout, je ne suis pas une de ces pucelles en manque de mâle et je ne suis pas non plus une femme de baraquement. Ce qui me plaît chez toi, c'est le guerrier, l'homme, le mari et le père, le reste ne me concerne en rien. Je ne peux que te remercier de m'avoir de nouveau lu. Salutations. Sylvie Salut, ô Sylvie! Mon maître Chiron m'a effectivement enseigné de nombreuses disciplines, dont la médecine et l'équitation, que je n'ai que peu pratiquées dans ma vie. Nous ne combattons pas montés sur des chevaux. Nous utilisons des chars et le reste de l'armée est à pied. Un homme capable de se battre et d'attaquer, un guerrier, peut aussi défendre sa cité. Et au vainqueur de faire appliquer des lois justes et bonnes, ainsi que le veulent les dieux. Et si un souverain renégat se glisse dans le nombre, il y aura toujours des guerriers et des guerrières pour le détrôner. Alors qu'un peuple de pacifistes aura toujours à redouter une rencontre avec l'étranger et cherchera inévitablement à se cacher, un peuple qui ne craint pas l'épée, qui ne connaît pas la peur, aura le monde à portée de main et pourra y intervenir. J'aime beaucoup jouer de la lyre et chanter. C'est un des bonheurs auquel mon cœur est encore sensible. La musique et le chant m'offrent un grand réconfort. Patrocle avait une voix divine et il dansait aussi admirablement. Quant à moi, je suis également un fin danseur. Tes questions visent à cerner le genre de vie que je mène, je l'ai bien compris. Je ne les trouve pas naïves. Ma colère fait partie des passions qui bouillent en moi et que Patrocle savait si bien raisonner. Patrocle ne cherchait jamais à me calmer, ni à atténuer mon feu. Il me soutenait, comme le doit un ami, de manière à ce que sa loyauté ne fasse aucun doute, et ensuite, il parlait. Ses paroles sages coulaient en moi et éveillaient ma réflexion. Il écoutait ma colère, pour ensuite me guider doucement vers ma raison intérieure. Vois-tu comment il était? Il savait me rendre meilleur. Nul être sur cette terre, excepté ma mère, n'a eu une aussi grande influence sur moi. Maintenant que Patrocle n'est plus, je suis perdu, c'est un fait. Ma vie avant lui était vide et l'est redevenue depuis sa mort. Mais j'ai encore de très bons amis, j'en ai toujours eu. Phœnix, mon bien vieux père, est à mes côtés, ainsi que mes amis d'enfance, que j'ai nommés commandants de mon armée, Alcimédon, Eudore, Pisandre, et mon neveu Ménesthios avec qui j'ai fait les pires folies. Parmi les autres guerriers, je suis très près de mes cousins Ajax et Teucer et de leurs amis, Antiloquos, fils de Nestor, Podalire et Machaon venus de Trikka, Diomède et Sthénélos, d'Ulysse aussi et d'autres nombreux et braves compagnons. Avec eux, je partage les rigueurs des travaux d'Arès et le plaisir des banquets. J'ai bien compris le genre de femme que tu es et jamais je n'irai t'offenser par un discours déplacé. Ne crains pas de me réprimander, si tu crois que je me conduis mal à ton égard. Que les dieux te chérissent! Achille Salutations, Achille aux pieds agiles. Achille, comme d’habitude j’ai été ravie de te lire. Pour un être exceptionnel, je me suis instituée un rituel particulier, qui consiste à ne pas ouvrir ta réponse tout de suite, non que je craigne tes propos, mais pour faire durer le plaisir de te lire: cette attente me rend fébrile, et lorsque je n’en peux plus d’attendre, je la lis. Merci d’avoir compris quelle genre de femme je suis: j’aime les conversations franches et directes, j’ai une sainte horreur des hypocrites qui flattent mon ego (un peu trop démesuré pour une simple mortelle). Et si on commence à faire attention à ce que l’on se dit, nos propos finiront par être insipides et creux. N'en fais rien, Achille, je t'aime tel que tu es. Moi aussi j’aime et j’apprécie la musique, mais je ne sais pas jouer d’instrument. Ce que j’aime dans la musique, c’est lorsque cette dernière touche mon âme et que, sans raison apparente, mes yeux sont embués de larmes et que mes joues deviennent humides à leur contact. J’aime la danse, mon corps devient alors cet instrument qui bouge au gré et au rythme de la musique. J’aime la poésie, j’écris (mais je n’ai pas été touchée par la grâce des dieux), j’aime la lecture, j’aime la bonne chère et le bon vin, j’apprécie les gens qui me poussent dans l’excellence et j’évite ceux qui veulent m’entraîner dans leur médiocrité. Je me respecte, donc en conséquence je respecte les autres; j'ai peu d'amis, car je ne donne pas mon amitié comme je donne des poignées de main, cela se mérite; mais je suis fidèle en amitié; et lorsque je l’ai donnée, j’ai beaucoup de mal à la reprendre. Car, ayant un caractère entier, si je reprends mon amitié et que je tourne la page, je sais que rien ni personne ne pourra me faire changer d’avis, ce qui est révélateur de mon manque d’intelligence. Tu m’as émue jusqu’aux tréfonds de mon âme, lorsque tu as évoqué Patrocle. Aucune de mes paroles ne pourra alléger ta douleur et tu m’en vois navrée. Mais quelle chance avez-vous eue! Tu as été aimé par Patrocle et Patrocle a été aimé par toi. Certains ont couru derrière un amour tel que le vôtre, il l‘ont approché mais jamais côtoyé. Vos noms sont à tout jamais liés l’un à l’autre. Il était ta moitié et ton tout. Cite-moi le nombre de gens qui ont la chance d’avoir connu un tel amour! Si tu le veux et si le cœur t’en dit, je me transformerai en barde et je te conterai l’histoire de mes autres héros ou héroïnes et de leurs histoires d’amour. Je suis heureuse de te savoir entouré de tes amis. Un écrivain et poète a écrit: «Un seul être vous manque et tout est dépeuplé», il se nommait Alphonse de Lamartine. J’aurais aimé pouvoir correspondre avec Patrocle, mais je le fais un peu à travers toi, car il a laissé son empreinte à tout jamais dans ton cœur et dans ton âme. Que son essence soit à tout jamais à tes côtés, et je finirai par les mots de Virgile: «omnia vincit amor». Comme à mon habitude, je ne saurai jamais faire court. La seule chose que je puisse t’offrir c’est mon indéfectible amitié. Achille aux pieds agiles, reçois mon respect. Je te salue, Akhilleus aux pieds agiles, Je te prie de m'excuser, je reviens vers toi, avant même que tu m'aies répondu, mais ayant été encore trop longue la dernière fois et voulant t'épargner une lecture trop fastidieuse, je n'ai pas osé te poser une question (non, je suis une menteuse: des questions…), avant de commencer, je ne voudrais pas que tu penses que je puisse manquer de respect envers Patrocle; mais étant assez directe il est vrai que, parfois, je peux manquer le subtilité et de sensibilité alors qu'il n'en est rien…. Bon, je me lance : On sait tous que Patroklos (la gloire du père) est le fils de Ménoetios et qu'il est né en Locride. Sa venue en Phthie au royaume de ton père le grand Pélée reste assez obscure, je m'explique: il est dit qu'il aurait tué le fils d'Amphidamas dans une partie d'osselets et qu'il dut être exilé en Thessalie, afin d'y recevoir la purification pour l'expiation de ce «meurtre». J'aimerais que tu puisses m'expliquer en quoi consistait une «purification» ? Je connais le terme, mais dans ma tête, pour moi, une purification est comme une sorte de bain: est-ce que là il en serait de même ? Une autre version dit qu'il serait resté à la Cour de Pélée, car vous étant liés d'amitié; une autre version (s'il te plaît cela ne vient pas de moi, je cite, je ne suis que le messager) qu'il t'aurait été offert? Mais là, j'ai un doute, et plus qu'un doute, car Patrocle n'a jamais été ton esclave: seuls les esclaves sont offerts, mais pas les hommes libres; et connaissant ton amitié pour lui j'ai beaucoup de mal à envisager cette version des faits. Dans une autre version, il est dit que le fils de Ménoetios a été envoyé (mais là aucune raison n'est donnée) par son père en Phthie et qu'il a quelques années de plus que toi -mais là, grâce à toi, je sais maintenant son âge approximatif- et qu'il aurait été élevé avec toi par Chiron: est-ce vrai qu'il a été lui aussi l'élève de Chiron? Il est dit aussi qu'il est là lorsque le grand Nestor vient recruter à la cour de Pélée des guerriers pour l'expédition contre Troie. Là je vais être très indiscrète et je te prie de m'en excuser. On sait que Thétis, ta mère, te cacha afin que tu n'ailles pas combattre à Troie. Qu'avez-vous ressenti l'un et l'autre lorsque vous avez été séparés? Je comprends Thétis, j'en aurais fait de même; mais je pense que la douleur a dû être intense. Et pour vous deux? Bon, là je vais te poser une question bête, mais peut-être que Patrocle t'en aurait parlé: Il est dit que ton père aurait dit à Patrocle (je cite) «Akhilleus, par la race, est au dessus de toi, mon fils; mais il est ton cadet: même s'il t'est supérieur, à toi de lui parler avec sagesse, de l'instruire et de le diriger: il verra bien ce qu'il y gagne» fin de citation. Donc, lorsque ton père dit «par la race» il parle du fait que ta mère est une déesse ou du fait que tu es fils de roi? Je continue, oh la la, c'est horrible, je vais être encore plus assommante que les autres fois. J'implore ton pardon, Ahkilleus. Il est dit qu'à Troie, Patrocle aurait été ton écuyer, mais quelque chose me trouble, car il est dit aussi que le Péléide (toi) conduisait lui-même son char. Bon je ne suis pas Clio, mais Patrocle étant ton ami, ton compagnon d'armes, donc par pure logique, mais là je peux me tromper, il n'est ni ton serviteur, ni ton écuyer, il est un de tes généraux dans ton armée des Myrmidons. Si j'ai commis une erreur, Akhilleus, dis-le moi. éee suis désolée, je vais ré-ouvrir une plaie non refermr et je te prie d'accepter toutes mes excuses de la peine que je vais t'infliger, si tu ne veux pas me répondre tu n'y es pas obligé. Lors de son «dernier» combat, Patrocle est décrit comme ton double, se métamorphosant en héros invisible, tuant d'abord Pyraechmès, Arélycos, Pronoos, Thestor et Eryalos. Il blesse ou tue Emrymas, Amphotère, Épaltès, Échios, Pyris, Tlépolème, Iphée, Evippe et Plymèle, puis continue toujours sa percée en tuant Echéclos, Adraste, Autonoos, Périmos, Epistor, Mélanippe, Elasos, Moulios et Pylartès. Sans l'intervention d'Apollon, Hector n'aurait jamais pu tuer Patrocle. Il est dit aussi que Thétis, ta mère, lui a fait boire du nectar et de l'ambroisie, et ce afin que son cadavre ne se corrompe pas. Et qu'Ajax le grand et Mélénas font reculer Hector vainqueur et emportent le corps de Patrocle. Il est dit aussi que «l'ombre» de Patrocle te serait apparue (une des versions le donne le soir du banquet donné en l'honneur de Patrocle) et qu'il t'aurait prié de hâter ses funérailles afin que les portes des Champs-Elysées lui soient ouvertes. Bon, je pense finir là pour l'instant. Si je te devenais trop pénible et pourquoi pas «imbuvable», dis-le moi et j'arrêterais sur le champ de t'importuner. Akhilleus aux pieds agiles, reçois mes respects. Sylvie Salutations, ô Sylvie! Je vais tenter de répondre à tes deux messages. Si j'oubliais de répondre à certaines questions, sois assurée que ce ne sera pas par désir de dissimulation. Moi aussi, j'ai horreur des hypocrites. J'ai bien aimé que tu me parles de toi. N'en ressens aucune honte. Lorsque Patrocle est arrivée à Phthia avec son père Menœtios, je n'avais que six ans, il était de dix ans mon aîné. Je m'en rappelle bien, c'était le printemps précédent celui de mon passage dans le monde des hommes. Patrocle vivait à Oponte, en Locride. Une bagarre dans une taverne avait dégénéré et Patrocle, voulant protéger un ami, avait accidentellement retourné l'arme contre l'agresseur, causant sa mort. Ce jeune homme s'appelait Clysonyme et était le fils d'Amphidamas, un homme puissant. La famille jura vengeance et Patrocle et son père durent s'exiler pour sauver leur peau. Mon père les accueillit avec joie, car Menœtios était un ami cher à son cœur. Ils s'étaient jadis embarqués ensemble sur l'Argo et un lien très étroit les unissait. Mais une cité n'accueille pas un meurtrier sans le purifier. Ce sont les prêtres de Zeus, et mon père en personne, qui ont purifié Patrocle. Il s'agit d'un rituel visant à laver le sang du meurtre, par du sang et de l'eau consacrée. Le tout accompagné de prières et de chants. Moi-même, j'ai déjà été purifié pour un meurtre, celui de Ténès. Dès le départ, Patrocle et moi avons été inséparables. Il m'était destiné dans le sens où nos deux vies devaient inévitablement être entrelacées. Il n'était pas mon esclave, personne n'avait payé pour lui. Il n'a jamais été l'élève de Chiron, mais a fait l'apprentissage de ses sciences au travers de moi, car j'ai partagé avec lui tous les secrets du centaure. Lorsque j'ai eu neuf ans, mon père a décidé de m'envoyer suivre l'entraînement de Chiron et c'est à ce moment-là que j'ai été séparé de Patrocle. J'ai passé deux années sur le Pélion, puis ma mère est venue me chercher, mais au lieu de retourner à Phthia, comme je le croyais et l'espérais, elle m'a mené à Scyros, où j'ai vécu parmi les vierges, comme une vierge. C'est là que le roi d'Ithaque m'a trouvé quelques années plus tard. Et lorsqu'il m'a révélé que Patrocle se trouvait sur le navire m'attendant au large, que crois-tu que j'aie fait? Quel choix, penses-tu, fut le mien? Je n'avais qu'une idée en tête, retrouver mon Patrocle, laisser ces années de cruelle séparation derrière moi et le rejoindre pour ne plus jamais le quitter. Lorsqu'on dit que Patrocle est inférieur à moi par la race, c'est parce que ma lignée remonte plus rapidement à Zeus que la sienne. Tout simplement. Qu'un noble soit l'écuyer d'un autre noble est une situation banale. Lorsque je ne conduis pas moi-même mon char, je charge toujours de le faire, soit Patrocle, soit Automédon, soit Alcimédon, soit Phœnix, un ami en qui j'ai une totale confiance, et que mes chevaux acceptent. Patrocle était mon bras droit en tout et nous combattions toujours l'un près de l'autre. Patrocle s'est effectivement couvert de gloire avant sa mort. Il était le meilleur d'entre nous. Pour ce qui est de son apparition, j'ai bel et bien rêvé de lui me demandant de hâter ses funérailles, mais comment peux-tu le savoir? Je n'en ai parlé qu'à Phœnix. Sois heureuse! Achille La dame des forêts, à Achille. Achille aux pieds agiles, reçois mes salutations Ton parchemin m’a comblée par tes explications minutieuses, mais si je puis me le permettre, je ressens à travers tes mots comme une lassitude, comme si ton cœur fier et généreux était partagé entre la gloire de ton nom et celui d’être enfin réuni à tout jamais auprès de Patrocle. Je suis malheureuse comme une amie qui risque de perdre un proche à tout moment, et chaque jour mon cœur se serre de plus en plus et cela devient douloureux. Dans ta phrase, «sois heureuse» j’ai perçu ces deux tout petits mots comme un adieu. Même si cela m’est pénible, je respecterai ton choix et tu n’entendras plus parler de moi. Sois heureux, et que les dieux t’accompagnent. Phœnix ne m’a rien dit, mais ne cherche pas à savoir comment je le sus: si elle l’apprend, elle ne me le pardonnerait pas. Accepte mes respects, Achille aux pieds agiles. Adieu. Amie, Que vas-tu imaginer? Si un jour je ne donne pas suite à une lettre de toi, c'est que je serai mort. Et tu l'apprendrais, je ne te laisserais pas dans l'ombre. Mon brave petit père informerait tous mes correspondants de mon décès. Tu me sens las, je le suis. Depuis la mort de Patrocle, la vie n'a plus le même goût. Que peut-on y faire? Rien, et c'est peut-être la seule parcelle de beauté qui se cache derrière cette tragédie. Pleurer Patrocle me rapproche de mon humanité, m'aide à combattre la bête qui à tous instants menace de reprendre le contrôle absolu de mon cœur. Je te souhaite d'être heureuse, non pour te signifier mes adieux -quoiqu'ils soient toujours sous-entendus, puisque la mort rôde- mais parce que ton bonheur m'importe. Ton ami, Achille Amitiés, Achille aux pieds agiles, Tu sais comment sont les femmes, nous désirons toujours trouver un sens à tout. «Pourquoi a-t-il employé tel mot»? «A-t-il peur de me dire quelque chose»? Cela nous aide à supporter l’absence d’un père, d’un frère, d’un ami ou d’un mari. Nous cherchons toujours à expliquer l’inexplicable et cela, depuis la nuit des temps. Je redoute de recevoir l'annonce de ta mort prochaine, de la part de ton père, le roi Pélée. Cela voudrait dire qu’Akhilleus est mort en héros et comment, en plus, trouver les mots justes pour un père qui vient t’annoncer la mort de la chair de sa chair et de son sang? Tous les parents, y compris moi, n’espèrent qu’une seule chose: que nos enfants nous survivent et ne jamais devoir assister à leurs obsèques. Même si tes parents connaissaient depuis longtemps ta destinée, le jour venu, la douleur sera là! Pleure si cela peut apaiser la bête qui est en toi, mais pourquoi vouloir la combattre? Sans elle, tu n’aurais sûrement pas été ce guerrier redoutable et redouté! Laisse-la se tapir dans un des recoins de ton être, trépignant comme un cheval que l’on maintient trop longtemps au même endroit. Merci de te soucier de mon bonheur, mais je n’ai pas le droit de me plaindre: je vis dans un pays en paix, je vis dans un pays où je peux emmener ma fille chez le médecin, lui acheter des médicaments, elle peut boire et manger à satiété, alors oui je suis heureuse. J’espère que tu arrives à trouver quelques moments de bonheur de ton côté. Venge Patrocle en tuant Hector et que sa mort allège ta peine. Tu es un grand guerrier, un grand héros, tu es un homme qui mérite d’être connu et j’ai beaucoup appris à tes côtés; je te remercie pour tout cela. Ton amie. Amie, Celui que je nomme «mon brave petit père», n'est pas mon bien-aimé père Pélée, mais mon bon vieux Phoenix, qui m'a pratiquement élevé. Je suis désolé de cette confusion. Il ne s'agit pas d'annihiler la bête en moi, Sylvie, je ne veux tout simplement pas qu'elle prenne toute la place, je ne veux pas disparaître en elle. Je suis Achille et cela implique une part d'humanité que je ne peux me permettre de perdre. Patrocle n'aurait pas voulu cela. Hector est mort, douce amie, mais ma colère ne s'est pas apaisée pour autant et je ne sais pas ce qui pourrait en venir à bout. J'aspire à connaître une certaine sérénité avant ma mort. Toi aussi, amie, tu mérites d'être connue. Sous ton babillage se cache un très grand coeur. Ne laisse jamais personne te faire croire le contraire, ma belle Sylvie. Je serai toujours là pour toi, Achille |
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