| |
|
Achille,
Je vous admire depuis mon enfance, mais ne rejetez pas les
femmes aussi facilement: c'est à cause de Briséis, pas seulement à cause de
votre honneur, que vous vous êtes rebellé contre les diktats d'Agamemnon. Le
grand honneur que vous fit Homère fut de vous rendre plus humain après la mort
de Patrocle; ne rejetez donc pas ce côté de votre nature. Je vous ai admiré dans
le paroxysme de votre douleur, j'ai pleuré avec vous dans votre acceptation de
la mort, et par l'humanité dans votre rencontre avec Priam. Ne vous diminuez
pas.
Ave atque vale.
Mijabat
Mijabat, salut!
Je n'ai jamais nié mes sentiments, ni avant, ni après la mort de
Patrocle. Il est vrai que je portais un amour sincère à Briséis et
c'est pour cela précisément qu'Agamemnon me l'a enlevée. Il connaissait
mon attachement pour elle et voulait me blesser. Cependant, mon désir
d'être reconnu à ma juste valeur par les princes surpassait mon amour
pour Briséis, de cela n'aies aucun doute. Sinon, je l'aurais reprise
lorsque les messagers d'Agamemnon sont venus me l'offrir, elle ainsi
que de nombreux autres présents. Mais ce n'était pas suffisant et je
voulais voir le généralissime de l'armée s'agenouiller devant moi et
reconnaître publiquement que ma présence était essentielle pour
remporter une victoire sur les Troyens.
Par contre, lorsque mon bien-aimé Patrocle est mort, j'ai mis de côté
mon orgueil et n'ai pas hésité à faire la paix avec Agamemnon, afin de
venger mon ami mort. Ainsi, je dirais que mon désir de gloire était
plus important que mon amour pour Briséis, mais pas plus que mon amour
pour Patrocle.
Que les dieux te soient favorables!
Achille
|