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          Dialogus

Alexandre
écrit à

Achille


Après une bataille


   

Salut,

Je voulais te demander ce que tu faisais après une bataille.


Salut à toi, ô Alexandre!

Ta question est très intéressante et originale. En dix ans de siège, c’est la première fois qu’on me la pose.

Lorsqu’une bataille prend fin, soit parce que l’ennemi capitule, que les conditions climatiques rendent impossible le combat, soit tout simplement que la fin du jour nous plonge dans l’obscurité, les guerriers réintègrent leur campement. Nous emportons les blessés et les captifs, afin de les soigner, de manière très rudimentaire, est-il nécessaire de le préciser? Nous tentons aussi de récupérer le plus d’armes et de chevaux possibles. La plupart des cadavres, à moins qu’il s’agisse d’un personnage important, resteront sur le champ de bataille jusqu’à un jour de trêve où nous les incinérerons en masse sur des bûchers.

Ces travaux prennent plusieurs heures et sont accomplis par des soldats. En tant que général, je m’assure que mes hommes font leur travail, puis je me retire dans ma tente. Un soldat ordinaire ne possède pas de tente et doit s’étendre sur sa couverture en espérant que l’humidité de la nuit ne sera pas trop cruelle. Des feux sont allumés pour combattre le froid et chauffer la pitance, du vin, des haricots, des oignons. Les officiers et chefs de régiment ont accès à du vin de meilleure qualité, ainsi qu’à de la viande et à du fromage.

Autant que possible, chacun lave et soigne ses blessures, mange et boit, puis prend du repos. Après une bataille, lorsque nos membres s’immobilisent enfin, lourds de fatigue et pourtant tendus comme des cordes d’arc, nos têtes pleines des réminiscences de la journée et des précédentes, nous ne songeons qu’à assouvir nos besoins primordiaux et immédiats.

Je m’étends, je pince la lyre, je ferme les yeux, je veux dormir, mais le sommeil me fuit. J’ai offensé les dieux, je crois. Chaque fois que j’abaisse mes paupières, je vois le visage livide de Patrocle, son flanc déchiré, son sang répandu, ses bras ballants qui ne m’enlaceront plus jamais…

Après une bataille, Alexandre, il ne me reste rien d’autre à faire que de déplorer ne pas y avoir trouvé la mort éclatante.

Achille

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