| | Achille, mon doux ami,
Te souviens-tu? Nous nous écrivions,
parfois tous les jours, quand tu étais encore sur le sable chaud devant
les remparts de Troie. J'ai arrêté de t'écrire, la mort dans l'âme, car
je désirais tant continuer... mais ce n'était pas très sain: toi qui ne
pensais qu'à la mort, moi qui ne pensais qu'à ta vie...
Vaillant
Achille, tu m'appelais Ambre à la belle bouche parce que je te racontais
de jolies histoires pour t'endormir et t'apaiser. Que n'aurais-je pas
donné pour que tu m'appelles belle bouche parce que cette bouche aurait
été celle d'une de tes serviables et belles esclaves!
Mais tout cela est derrière nous.
Achille que deviens-tu? Où es-tu? Cette maudite guerre se finira t-elle jamais pour toi?
Ambre, ta servante
Comme il est doux, Ambre à la belle bouche, de te retrouver!
Malheureusement,
je crains que ma situation n’ait guère changé. Je suis toujours là où
tu m’as laissé, hanté par l’idée de la mort, incapable de fermer l’œil,
incapable de prendre goût à la vie. Il est bien terminé le temps où mon
tourment pouvait être apaisé; mais toi, dis-moi, es-tu heureuse?
Ah
si, quelque chose a changé. La preuve est faite que je ne suis pas
inflexible, ni dépourvu de pitié. Sais-tu que j’ai rendu le corps
d’Hector à sa famille? Je ne croyais pas m’y résoudre, mais le vieux
Priam lui-même s’est glissé dans le campement et est venu baiser mes
genoux en pleurant. Que pouvais-je faire? N’était-ce pas pour lui la
plus cruelle des épreuves que d’embrasser le meurtrier de son fils aîné?
Je suis las, amie, je suis prêt à mourir depuis si longtemps...
Je crois que cette attente interminable est le dernier châtiment que me
réservaient les dieux cruels.
Douce Ambre, puisses-tu être
récompensée de ta fidèle amitié envers moi! Je prie ma mère de faire en
sorte que ton bonheur soit éternel.
Achille |